La liberté n'est pas l'absence de règles – c'est le discernement
Ce texte m'a vraiment fait réfléchir. Car que font, au fond, toutes ces questions, règles et outils toujours plus nombreux à notre égard ? Nous croyons décider plus librement et mieux avec chaque nouvel outil – mais est-ce vraiment le cas ? Ou désapprenons-nous au passage quelque chose d'essentiel : la vraie proximité, la conversation directe, le contact immédiat ? Au lieu de nous rencontrer réellement, nous envoyons des WhatsApp et des e-mails. Et ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est le lien que Hartmut Rosa établit avec la religion. Pas avec le yoga, le sport ou une quelconque spiritualité ésotérique – mais bien avec la religion, comprise comme une école de la confiance et de la relation authentique. Mon conseil de lecture : prenez le temps de continuer à penser librement en lisant – et demandez-vous où vous avez troqué le vrai contact contre une simple portée.
La liberté n'est pas l'absence de règles. La liberté, c'est le discernement.
Plus le monde devient complexe, plus l'appel aux règles, aux procédures et aux contrôles se fait pressant. Le souhait qui le sous-tend est compréhensible : éviter les erreurs, garantir la justice, réduire les risques. Mais, à un moment, tout bascule dans le contraire.
Là où les gens ne font plus qu'exécuter des consignes, quelque chose d'essentiel s'atrophie : la capacité de saisir une situation, de peser le pour et le contre et d'agir de manière responsable.
C'est précisément ce dilemme que décrit le sociologue Hartmut Rosa dans l'entretien de la SRF « Un espace qui se réduit ». Le sentiment d'impuissance dans des systèmes rigides rend attractives les promesses radicales : « Take back control. » Agir enfin de nouveau – au lieu d'être freiné par des règles, des tribunaux ou des traités.
Mais c'est là que tout se joue : utiliser sa marge de manœuvre de façon responsable est tout autre chose que d'abattre le cadre lui-même.
C'est pourquoi Rosa ne lit pas la politique de Donald Trump comme une exploitation habile des marges de liberté, mais comme la destruction des conditions mêmes qui rendent l'action responsable possible. Quand les tribunaux sont affaiblis, les accords rendus arbitraires et les institutions délégitimées, la confiance disparaît. Et sans confiance, il n'y a pas de liberté – seulement l'arbitraire.
C'est peut-être comme avec les Lego : les briques et une plaque de base solide sont indispensables. Mais les meilleures idées naissent rarement d'un mode d'emploi de plusieurs pages. Elles naissent en freestyle – quand les gens construisent avec créativité et discernement à l'intérieur d'un cadre stable. Retirez la plaque de base, ou renversez les briques dans tous les sens, et vous n'obtenez pas la liberté, mais le chaos.
C'est aussi le point de départ du livre de Rosa « Demokratie braucht Religion – gerade jetzt ! » (« La démocratie a besoin de religion »). Il comprend la religion non comme un règlement, mais comme une école de la confiance : la responsabilité ne s'apprend pas par des prescriptions, mais par des relations – et par la disposition à reconnaître le bien dans le moment concret.
Son classique « Resonanz » (« Résonance ») va encore plus loin. La liberté vit de relations véritables – de moments où nous entrons réellement en contact avec les êtres et le monde. Là où la simple portée prend leur place – de nombreux contacts au lieu d'une vraie proximité –, s'atrophie précisément ce qui porte une vie bonne : la capacité de nous laisser toucher et de répondre nous-mêmes.
C'est peut-être l'une des tâches les plus importantes de notre époque : moins de méfiance, plus de confiance. Moins de modes d'emploi rigides – mais pas non plus la destruction de toute la boîte. Plutôt des personnes à qui nous faisons confiance pour agir librement et de manière responsable dans un bon cadre.
Car les deux menacent la liberté : trop de règles l'étouffent – mais l'attaque contre les institutions démocratiques et l'État de droit détruit le cadre entier dans lequel la liberté peut être vécue. Sinon, nous finirons dans un meilleur des mondes de briques Lego parfaitement agencées, où chaque pensée propre, chaque brique de travers, sera écartée.
