Tous deux à plein temps, tous deux fatigués – répartir équitablement la charge mentale en famille

Je suis en vacances et j'observe des familles avec de petits et de grands enfants. Et sans cesse, j'entends des histoires semblables : les deux parents travaillent à plein temps, les deux sont à bout. Et à côté de cela, tout le reste devrait aussi bien fonctionner.
Le couple demande à être entretenu, les enfants ont besoin d'attention, le ménage ne s'organise pas tout seul. Peut-être y a-t-il aussi des parents vieillissants qui ont besoin de soutien. Et l'on ne veut pas non plus perdre ses amis. Bref : une liste de choses à faire qui ne finit jamais.
Parfois, cette vie me fait penser à un bœuf qui laboure un champ de sable. Sillon après sillon, il trace patiemment son chemin – et derrière lui, le vent efface tout. Le soir venu, le champ semble intact, comme si rien ne s'était passé. Le linge est lavé, le frigo rempli, les rendez-vous coordonnés – et le lendemain matin, tout recommence. Le travail est fait, mais il reste invisible.
Mais où reste-t-il de l'air pour respirer ?
Quelques minutes d'air dans la voiture
Longtemps, je me suis demandé pourquoi ma mère, avec quatre enfants et un mari très engagé professionnellement, tenait tant à sa voiture. Aujourd'hui, je le comprends mieux. Guess why? Dans la voiture, entre le travail et le retour à la maison, il y avait au moins quelques minutes d'air.
Quoique – elle continuait sans doute à réfléchir assidûment : est-ce que tout le monde a ce qu'il lui faut ? Manque-t-il quelque chose ? Que dois-je acheter, organiser, régler ? Ai-je oublié quelque chose ?
La charge mentale : le travail invisible de la pensée
Aujourd'hui, nous appelons cela la charge mentale. Ce travail de réflexion invisible qui fait en sorte que tout fonctionne au quotidien. Car ce n'est pas seulement la quantité de travail qui épuise, mais aussi la responsabilité de devoir penser à tout, en permanence.
Et puis s'y ajoute l'optimisation de soi. Faire assez de sport, manger sainement, dormir suffisamment, être en pleine conscience. Bien sûr, nous devrions aussi entretenir nos amitiés, peut-être même inviter des gens de temps en temps – et trouver encore quelque part de la place pour la joie, la spontanéité et nos propres intérêts.
Bonne chance !
Nous n'avons pas besoin de tout réussir
La bonne nouvelle : nous n'avons pas besoin de tout réussir.
Peut-être que la solution n'est pas de devenir encore plus efficaces, mais de regarder de plus près : qu'est-ce qui compte vraiment pour nous ? Qu'est-ce qui peut disparaître ? Et surtout : qui assume quelle responsabilité ?
Car le travail invisible doit d'abord devenir visible. Non pas pour faire les comptes de qui en fait le plus, mais pour réfléchir ensemble à une répartition équitable des responsabilités.
Vraiment confier la responsabilité
Et c'est là que les enfants entrent en jeu. Même les petits peuvent assumer des tâches adaptées à leur âge. Et les adolescents encore plus – même s'ils n'en sont pas toujours ravis.
L'essentiel, toutefois, est que la responsabilité soit réellement confiée. Celui qui délègue pour ensuite tout contrôler lui-même n'a pas gagné grand-chose. Et celui qui prend en charge une tâche ne devrait pas pouvoir la renvoyer aux parents au premier problème.
Cela vaut d'ailleurs tout autant pour les adultes.
De telles discussions ne sont pas toujours confortables. Elles nous obligent à réfléchir à nos attentes, à nos habitudes et à nos priorités. Peut-être que la maison n'a pas besoin d'être toujours parfaitement rangée. Peut-être qu'une invitation peut rester simple. Peut-être que chaque heure de loisir des enfants n'a pas besoin d'être organisée.
Car on ne peut pas tout faire. Et vouloir quand même tout réussir mène souvent tout droit aux disputes, à l'épuisement et au sentiment de ne jamais être à la hauteur.
Ce qui compte vraiment
Dans son livre 4000 semaines, Oliver Burkeman nous rappelle que notre temps de vie est limité. Nous ne pouvons pas l'augmenter à volonté, pas même avec une meilleure gestion du temps. Nous devons décider à quoi nous voulons le consacrer.
Dans mon travail, je constate régulièrement à quel point il peut être soulageant de redistribuer les cartes ensemble. Tout ne doit pas être résolu en même temps. Certaines choses peuvent attendre, d'autres disparaître complètement. Et beaucoup se portent mieux à plusieurs.
Ce serait peut-être une bonne résolution pour la rentrée : ne pas vouloir concilier encore davantage, mais discuter en famille de ce qui compte vraiment – et de qui sera désormais responsable de quoi.
Pour qu'à côté de tout ce qui doit fonctionner, il reste à nouveau de la place. Pour le couple, pour les enfants, pour les amis. Et, enfin, pour soi-même.
Deux conseils de lecture
Eve Rodsky – Fair Play (2019)
Comment rendre visible le travail invisible au sein d'une famille et le répartir plus équitablement ? Rodsky propose un système pratique qui permet aux couples de réorganiser tâches et responsabilités. Point essentiel : prendre en charge une tâche, c'est aussi y penser soi-même et être responsable de sa réalisation.
Le livre chez l'éditeur (en anglais)
Oliver Burkeman – 4000 semaines (original anglais : Four Thousand Weeks, 2021)
Un livre intelligent et plein d'humour sur notre temps de vie limité et la tentative vaine de vouloir toujours tout accomplir. Message central de Burkeman : nous n'en aurons jamais fini avec tout. Mais nous pouvons décider plus consciemment de ce qui mérite notre temps.
